Les 5 aînés de Shaolin : la mythologie des styles Hung Mun


Il existe plusieurs classifications dans les arts martiaux chinois. Je l’ai évoqué dans l’article Qu’est-ce que le Kung Fu ?

Concernant, les arts martiaux du sud de la Chine, on peut être encore plus précis et définir deux catégories supplémentaires : les styles Hung Mun 洪門 et les styles Hakka 客家拳.

« Lorsqu’ils discutent des arts [martiaux] autochtones de la province du Guangdong (et dans une moindre mesure du Fujian), les locaux font une large distinction entre les styles « Hung Mun » et « Hakka ». Benjamin Judkins [1]

Les styles Hung Mun sont pratiqués par les communautés cantonaises. La grande majorité de ces styles a pour mythe fondateur la destruction du monastère de Shaolin et le sentiment anti-mandchou qui en résulte (le plus souvent avec la devise Fan Qing Fu Ming 反清復明). Les premiers styles Hung Mun ont probablement été les styles des 5 familles apparus dans la deuxième moitié du 18ème siècle : le Hung Gar 洪家, le Choy Gar 蔡家, le Lau Gar 劉家, le Lei Gar 李家 et le Mok Gar 莫家 [2]. Plus tard, d’autres styles comme le Fut Gar 佛家, le Choy Li Fut 蔡李佛 et le Wing Chun 詠春 ont également partagé ces mythes [1] [note].

Les styles Hakka ne partagent pas de mythe en commun. Ils ont leur propres légendes et histoires. Ils partagent pourtant certaines caractéristiques techniques avec les styles du sud du Fujian comme des postures étroites et hautes, des déplacements triangulaires, le combat rapproché, les coups de pied plutôt bas et discrets. Les styles Hakka se sont développés à l’Est de la Rivière des Perles, près du Mt. Luofu 罗浮山. Plusieurs styles font référence aux temples du Mt. Luofu comme point d’origine de la création de leur art. Parmi les styles Hakka on retrouve le Pak Mei 白眉拳, le style du Dragon 龙形拳 (ou Lung Ying Kuen), les différents styles du sud de la Mante Religieuse 南派螳螂 et le Chuka Shaolin 朱家拳. [3]

 

Dans cet article, on s’intéressera à la mythologie commune que partage tous les styles dits Hung Mun, qu’on appelle aussi la légende des 5 aînés sur toile de fond de la destruction du monastère de Shaolin du sud.

Je tiens à remercier Maroussia Valin pour le superbe artwork des 5 aînés qui illustre cet article. N’hésiter pas à visiter son site et découvrir ses différents travaux 😉

 

Les origines de la légende des 5 aînés de Shaolin et le mythe de la destruction du monastère de Shaolin

Comme je l’ai indiqué dans mon article consacré au Tiandihui, la société secrète du sud de la Chine, la légende des 5 aînés de Shaolin est un plagiat de la légende Xi Lu. Cette légende à l’origine du Tiandihui 天地會 ou Hung Mun 洪門, raconte qu’au début du 18ème siècle, les Qing ont été mis en difficulté par une communauté mongole, les Xi Lu 西魯 ou Eleuth, à l’ouest de l’empire. Les Qing demandèrent de l’aide aux moines Shaolin du monastère du Sud pour repousser l’ennemi. Les moines sortirent victorieux de ce conflit et ont grandement impressionné le pouvoir impérial, si bien que l’empereur Yongzheng 雍親 (1722-35) craignit un soulèvement des moines Shaolin contre les Qing. En 1734, l’empereur décida de détruire le monastère de Shaolin, afin d’éviter une éventuelle insurrection des moines. Il complota avec un moine corrompu nommé Ma Yi Fu 馬儀幅, qui incendia le monastère de l’intérieur, tandis que les troupes mandchoues prirent d’assaut le bâtiment de l’extérieur. Plus d’une centaine de moines furent massacrés, treize parvinrent à s’enfuir mais seulement cinq d’entre eux ont échappé aux mandchous : Choy Tak Chung 蔡德忠, Fong Tai Hung 方大洪, Ma Chiu Hing 馬超興, Wu Tak Tai 胡德帝, Li Sik Hoi 李式開. [4]

Les 5 survivants décidèrent de former une alliance pour se venger des mandchous et créèrent la formule devenue célèbre par la suite Fan Qing Fu Ming 反清復明, que l’on peut traduire par « Renverser les Qing et restaurer les Ming ». [5]

L’armée Qing attaque le monastère de Shaolin. Source : dessin racontant l’Histoire du monastère de Shaolin de Quanzhou, dans le Fujian.

La légende Xi Lu du Tiandihui a par la suite évolué dans le cercle des arts martiaux chinois du sud de la Chine, en se mélangeant à d’autres personnages folkloriques et d’autres récits locaux [6], pour finalement donner naissance à la légende dite des 5 aînés de Shaolin 少林五祖 (Siu Lam Ng Cho/Zou en cantonais) dont l’histoire est tout à fait similaire à la légende Xi Lu, à quelques détails prêts selon les versions, ce qui entraine très souvent une grande confusion entre les deux mythes. La grande différence par rapport à la légende Xi Lu est l’identité des 5 moines survivants. Dans la légende des 5 aînés de Shaolin (appelé aussi les 5 anciens ou les 5 ancêtres de Shaolin), les 5 moines sont : Ng Mui 五枚, Gee Sin 至禪, Fung Tao Tak 馮道德, Pak Mei 白眉 et Miu Hin 苗顯 (noms écrits en cantonais, voir [note]).

 

Wuxia, un genre littéraire à l’origine de personnages légendaires

Dès la fin du 19ème siècle, les cinq moines Ng Mui, Gee Sin, Fung Tao Tak, Pak Mei et Miu Hin se retrouvent dans la littérature chinoise traditionnelle, en particulier dans le genre wuxia ; des œuvres de fiction épiques où les héros itinérants vivent des histoires extraordinaires. Ces personnages sont pour la plupart pratiquants d’arts martiaux et se battent très souvent pour de nobles causes. Trois œuvres littéraires  parmi les quatre grands romans classiques de la dynastie Ming, font partie de ce genre littéraire ; Les Trois Royaumes, Au bord de l’eau et La Pérégrination vers l’Ouest.

Première de couverture d’une des éditions du roman Everlasting. Source : curiosity.lib.harvard.edu

En 1893, dans le Guangdong, il est publié un roman qui se nomme Shengchao Ding Sheng Wannian Qing 聖朝鼎盛萬年靑, que l’on peut traduire par « la prospérité de la Sainte Dynastie Qing » souvent simplifié par Everlasting en anglais [7]. Ce roman raconte le voyage incognito de l’empereur Qianlong 乾隆 dans le sud de la Chine au 18ème siècle. En parallèle, le roman narre les exploits du moine Gee Sin 至禪 (Zhishan en mandarin) maître du monastère du Shaolin du sud. C’est aussi dans ce roman qu’apparait le mythe de la salle d’entrainement avec des mannequins de bois articulés que les moines devaient franchir comme ultime épreuve du monastère [8]. L’histoire du roman se focalise sur les personnages de Qianlong et Gee Sin qui croisent plusieurs autres personnages au cours de leur voyage, comme Miu Hin 苗顯, Pak Mei 白眉 ou encore Ng Mui 五枚 (respectivement Miao Xian, Bai Mei et Wu Mei en mandarin, voir [note]) [8]. Dans le dernier chapitre du roman Everlasting, Ng Mui et Pak Mei s’allient à l’empereur Qialong, pour détruire le monastère Shaolin du sud et massacrer de nombreux moines, dont Gee Sin.

Benjamin Judkins indique que ce roman a eu un impact sur le développement ultérieur des histoires et de la mythologie des arts martiaux de la région. [9]

En effet, Everlasting a popularisé la légende des 5 aînés dans tout le Guangdong dès la fin du 19ème siècle. A partir des années 1930, plusieurs romanciers, s’inspirant de Everlasting, font revivre les légendes des héros du Shaolin du sud, en se permettant toutefois quelques modifications. En 1935, Jiang Diedie publie Shaolin Xiao Yingxiong 少林小英雄, en anglais Youngs Heroes from Shaolin [7]. Dans ce roman, les personnages du Shaolin du sud sont mis en avant et Ng Mui n’apparait plus comme étant une traite au service de l’empereur mandchou. A la fin du roman, il est même mis en avant le mariage d’une des disciples de Ng Mui avec le héros Fong Sai Yuk 方世玉, héritier des arts martiaux de Shaolin. C’est cette version de Ng Mui qui est présentée dans le manuscrit de Ip Man.

Les origines du Wing Chun écrit par Ip Man vers 1965/66. Source : www.vingtsun.org.hk

 

Les styles Hung Mun et leur mythologie

Les premiers styles à propager la mythologie Hung Mun ont été les cinq grands styles familiaux des arts martiaux du sud de la Chine ; le Hung Gar, le Lau Gar, le Choy Gar, le Lei Gar et le Mok Gar [note]. Ces styles ont été vraisemblablement créés au 18ème siècle, ils deviennent vraiment populaires entre 1790 et 1820, dans le centre de la région de la Rivière des Perles, au même moment qu’apparaissent les premières rebellions menées par le Tiandihui et le mythe de la destruction du monastère de Shaolin [2]. Le nom donné à ces cinq styles provient des noms de famille (gar 家) des cinq fondateurs qui d’après la légende seraient tous élève directs de Gee Sin 至禪, un des 5 aînés :

  • Hung Gar 洪家, fondé par Hung Hei Koon 洪熙官
  • Lau Gar 劉家, fondé par Lau Saam Ngan 劉三眼
  • Choy Gar 蔡家, fondé par Choy Gau Yi 蔡九儀
  • Lei Gar 李家, fondé par Lei Yau Saan 李友山
  • Mok Gar 莫家, fondé par Mok Ching Giu 莫清矯 (on attribue aussi la création du Mok Gar à Mok Ta Shi 莫達士)

Parmi les styles des cinq familles, le Hung Gar est sans doute le plus populaire et celui qui s’est répandu le plus, notamment avec la lignée de Wong Fei Hung 黃飛鴻. Hung Hei Koon 洪熙官 le fondateur présumé de ce style aurait été un marchand de thé de Zhangzhou, de la Province du Fujian. Il aurait hérité des arts martiaux de Shaolin du moine Gee Sin et aurait perfectionné ses techniques, notamment avec sa femme Fong Wing Chun 方詠春 (à ne pas confondre avec Yim Wing Chun 嚴詠春, j’y reviendrai dans un prochain article), experte en style de la Grue Blanche ou Bak Hok 白鶴拳. Hung Hei Koon aurait également été un membre du Tiandihui et un personnage historique avéré [10]. A noter que Lam Sai Wing 林世榮, le plus célèbre élève de Wong Fei Hung, ne fait pas mention de Hung Hei Koon dans la généalogie du Hung Gar. Voir mon précédent article à ce sujet. Concernant Wong Fei Hung, il eut l’occasion de s’initier au Mok Gar et d’intégrer dans sa pratique des techniques de ce style grâce à sa femme Mok Kwai Lan 莫桂兰, une descendante du style Mok Gar. En effet, ce style a également été développé d’une manière considérable dans le Guangdong. 

Chiu Wai 趙威 pose dans une posture emblématique du Hung Gar.

Pour les autres styles des cinq familles, ils se sont davantage mélangés avec d’autres arts martiaux et ont donné naissance à de nouveaux styles hybrides.

« Tout laisse penser que c’est grâce à cette influence de ces premiers arts martiaux que la mythologie du Hung Mun a été établie et que la légende de la destruction du temple [shaolin] s’est étendue à des styles plus tardifs comme le Choy Li Fut et le Wing Chun. » Benjamin Judkins [2]

Le Choy Li Fut 蔡李佛, crée par Chan Heung 陳享 en 1836 [11], est un de ces styles hybrides. Il a été synthétisé à partir du Choy Gar 蔡家, du Li (ou Lei) Gar 李家 et du Fut Gar ou Fut Jeung 佛掌, la paume de Bouddha [12]. Le Fut Gar, originaire du Mt Dinghu 鼎湖山 dans le Guangdong, aurait été créé par un ancien moine de Shaolin du Fujian, membre du Tiandihui [13]. Chan Heung a fait la synthèse de ses connaissances et en l’honneur de ses trois maîtres, il désigna son style Choy Li Fut.

Lau Bun 劉彬, pionnier du Choy Li Fut aux Etats-Unis. Il ouvrit une école à San Francisco dans les années 1930.

Parmi les 5 aînés (ou 5 ancêtres), nous avons évoqué jusqu’à présent, les styles descendant du moin Gee Sin. Voyons maintenant, les styles des 4 moines restants : Ng Mui, Miu Hin, Pak Mei et Fung Tao Tak.

Concernant Ng Mui 五枚, elle est principalement connue pour être la fondatrice du Wing Chun. Ip Man a écrit avec précisions les détails sur les origines du Wing Chun en 1965/66. Ng Mui, ou plutôt Wu Mei selon la prononciation en mandarin (voir [note]), est également connue pour avoir créée d’autres styles d’arts martiaux comme le Wu Mei Pai 五枚派, répandu surtout en Asie du Sud-Est (Singapour et Malaisie) [14],  ainsi que le Wu Mei Hua Quan 五枚花拳, un style issu du Mei Hua Quan 梅花拳, le style de la fleur de prunier [15]. D’après Leung Ting, ces styles sont très proches du Yong Chun Bak Hok 永春白鶴, le style de la Grue Blanche du village de Yong Chun. Il est souvent dit aussi dans le Wing Chun que Ng Mui est une experte en style de la Grue Blanche [16]. J‘y reviendrai en détail dans un prochain article.

On attribue aussi à Ng Mui 五枚, en partenariat avec Miu Hin 苗顯, le style Ng Ying Hung Kyun 五形洪拳. Ce style est une des branches du Hung Kyun 洪拳, différent du Hung Gar de la lignée de Wong Fei Hung. Il se caractérise par l’imitation de 5 animaux : le tigre, le serpent, le dragon, la panthère et la grue. Le Ng Ying Hung Kyun aurait été créé par Ng Mui et Miu Hin, deux des 5 aînés [17]. Dans l’histoire de ce style, Ng Mui transmet le Ng Ying Hung Kyun à son disciple Fong Sai Yuk 方世玉. Comme vu plus haut, Fong Sai Yuk est un personnage populaire dans les romans de la fin du 19ème siècle [18]. Ce personnage sera mis en scène également dans plusieurs films d’arts martiaux du cinéma de Hong Kong.

Ng Mui affronte Lee Pa Shan sur les poteaux de prunier. Source : Five Pattern Hung Kuen (part 1), p18, de Leung Ting, 1980.

Pak Mei 白眉 est certainement le personnage des 5 aînés le plus connu du grand public, grâce aux films d’art martiaux hongkongais des années 70/80 et plus récemment avec les films hommages à ce genre de cinéma de Quentin Tarantino, Kill Bill (volume 1 et 2). La tradition raconte qu’après la destruction du monastère de Shaolin, Pak Mei s’est réfugié au Mont Emei, dans le Sichuan. Ce n’est qu’au début du 20ème siècle que le style Pak Mei fait son apparition à Canton [19]. Par la suite, le style s’est répandu essentiellement des les villes de Hong Kong et Foshan, dans le Guangdong.

En ce qui concerne Fung Tao Tak 馮道德, il est certainement moins connu que ses pairs. En effet, seul le style Bak Fu Pai 白虎派/拳, le style du Tigre Blanc, est attribué à Fung Tao Tak. Je n’ai trouvé que très peu d’éléments sur ce style, il semblerait qu’il appartienne à l’un des cinq styles du Tigre du Mont Emei 峨眉派五虎拳. [20]

• Visionnez ici un bref résumé des styles de la mythologie Hung Mun •

 

Conclusion

La mythologie des styles Hung Mun a été une toile de fond qui a ancré plusieurs styles d’arts martiaux du sud de la Chine dans une identité culturelle commune. Il est important de comprendre l’évolution et la construction dans le temps de cette mythologie. Tout d’abord, cette mythologie s’est profondément imprégnée du mythe fondateur de la société secrète Tiandihui, que l’historienne Dian H. Murray nomme la légende Xi Lu, apparue à la fin du 18ème siècle. En effet, il y a de nombreux points communs entre la légende Xi Lu et la légende des 5 aînés ; la destruction d’un monastère de Shaolin par les Qing, la fuite de cinq moines survivants et le sentiment anti-Qing qui en résulte, symbolisée par la formule Fan Qing Fu Ming 反清復明, Renverser les Qing et restaurer les Ming. La trame de fond étant établie, le mythe évolue ensuite en absorbant des personnages et récits du folklore local (région de la Rivière des Perles) et apparait pour la première fois dans le récits fondateurs des styles des cinq familles le Hung Gar, le Lau Gar, le Choy Gar, le Lei Gar et le Mok Gar, au début du 19ème siècle. Par la suite, le mythe se diffuse dans de nombreux styles du Guangdong et sera entretenu et alimenté par les romans de genre Wuxia dès la fin du 19ème et début 20ème, ainsi que par les émissions radio des années 1930 à 1950 [21] et par le cinéma hongkongais de l’après-guerre.

D’un style à l’autre, on distingue des différences sur les détails de la légende des 5 aînés. Si l’on compare ce qu’ont écrit Lam Sai Wing en 1936 et Ip Man en 1965/66, la localisation du monastère de Shaolin et l’époque à laquelle se déroulent les faits ne sont pas les mêmes. Lam Sai Wing situe l’histoire durant le règne de l’empereur Yongzheng (1722-1735) au monastère de Shaolin du Fujian, tandis que Ip Man situe le récit durant le règne de Kangxi (1661-1722) au monastère de Shaolin du Henan. Concernant ce dernier, les sources historiques précisent que le monastère de Shaolin du Henan n’a pas été incendié par les Qing à cette période (voir article sur le monastère de Shaolin du Henan). D’ailleurs, la plupart des élèves de Ip Man qui ont relayé l’histoire du Wing Chun, évoquent le monastère de Shaolin du Fujian, à commencer par Ip Chun, le fils aîné de Ip Man [22].

Concernant, les styles Hakka et Hung Mun, la classification n’est pas toujours évidente. Le Wing Chun et le Pak Mei rattachent leurs origines aux personnages légendaires que sont respectivement Ng Mui et Pak Mei et s’inscrivent donc dans la mythologie Hung Mun du point de vue de leurs origines. Pour autant, les techniques, principes, stratégies et postures utilisées par ces styles se réfèrent davantage aux styles Hakka. On peut trouver aussi un autre style Hakka, du nom de Chuka Shaolin 少林朱家 ou du coup de poing de l’oeil du phénix 凤眼拳, qui a une histoire tout a fait similaire à celle du Wing Chun et rattache ses origines aux arts martiaux de Shaolin du Fujian par l’intermédiaire d’une nonne [23].

Pour terminer, on peut se demander si les styles du Fujian partagent les mêmes origines légendaires que les styles évoqués dans cet article, issus majoritairement du Guangdong. En effet, la mythologie Hung Mun se rapporte au monastère de Shaolin du Fujian, il semble pertinent de considérer que les styles de cette province se rattachent à Shaolin et sa mythologie. En réalité, très peu. Citons néanmoins, le Dishu Quan 地术拳, appelé aussi le Gou Quan 狗拳, la boxe du sol ou boxe du chien, qui d’après la légende aurait été créée par Fong Sai Yuk [24], un disciple de Ng Mui. Citons également le Luohan Quan 羅漢拳, plus particulièrement un courant du Luohan Quan plus connu sous le nom de Xiang Dang Quan 香店拳, Incence Shop Boxing, qui partage le mythe de la destruction du monastère de Shaolin. Sans préciser le nom de moine en particulier, il est dit que quelqu’uns des moines de Shaolin (du monastère de Fuzhou, voir mon article sur le monastère de Shaolin du sud) se sont enfuis et réfugiés dans le magasin à  Fuzhou, fournisseur d’encens du monastère. Pour se cacher des mandchous, les moines ont transmis leur art sous le nom de Incence Shop Boxing. [25]

Enfin pour enlever toute confusion, toujours parmi les styles du Fujian, le Wu Zu Quan 五祖拳 (la boxe des 5 ancêtres), malgré son nom, n’a pas de lien avec les 5 aînés de Shaolin 少林五祖. Le Wu Zu Quan est un style hybride se composant de techniques et principes de 5 styles que sont : le Taizu Quan 太祖拳, le Baihe Quan (ou Bak Hok Kyun en cantonais)  白鶴拳, le Hou Quan 猴拳, le Dazun Quan 達尊拳 et le Luohan Quan 羅漢拳. [26]


Note 

La transcription des noms chinois est souvent source de confusion. La solution à ce problème est pourtant simple ; accompagner la transcription des caractères chinois. C’est ce que j’essaie de faire dans mes articles, autant que possible.

Dans cet article, j’ai utilisé l’orthographe la plus utilisée pour transcrire les caractères chinois, le plus souvent, selon la prononciation cantonaise.

Afin d’éviter toutes confusions, vous trouverez ci-dessous la liste des différents noms de styles et de personnages cités dans cet article, avec différentes écritures que l’on peut rencontrer, sans pour autant être exhaustif :

Concernant les styles :

  • Hung Gar 洪家 peut aussi s’écrire en cantonais Hung Ga et s’écrit en mandarin Hong Jia.
  • Choy Gar 蔡家 peut aussi s’écrire en cantonais Choi Gar et s’écrit en mandarin Cai Jia, voir Cai Jia Quan 蔡家拳.
  • Lau Gar 劉家 s’écrit en mandarin Liu Jia, voir Liu Jia Quan 劉家拳.
  • Lei Gar 李家 peut aussi s’écrire en cantonais Li Gar, Lee Gar et s’écrit en mandarin Li Jia.
  • Mok Gar 莫家 s’écrit en mandarin Mo Jia, voir Mo Jia Quan 莫家拳.
  • Fut Gar 佛家 peut aussi s’écrire en cantonais Fat Gar et s’écrit en mandarin Fo Jia.
  • Choy Li Fut 蔡李佛 peut aussi s’écrire en cantonais Choy Lee Fut, Choy Lay Fut, Choi Lei Fut… et s’écrit en mandarin Cai Li Fu.
  • Wing Chun 詠春, j’ai déjà évoqué les différentes écritures dans le tout premier article de ce blog.

Concernant les personnages :

  • Siu Lam Ng Cho (ou Zou) 少林五祖 s’écrit en mandarin Shaolin Wu Zu. On le traduit en anglais par the Five Elders of Shaolin et en français les cinq aînés de Shaolin ou les cinq ancêtres de Shaolin ou les cinq anciens de Shaolin.
  • Ng Mui 五枚 peut aussi s’écrire en cantonais Ng Moy et s’écrit en mandarin Wu Mei.
  • Gee Sin 至禪 peut aussi s’écrire en cantonais Gee Sim et s’écrit en mandarin Zhi Shan.
  • Fung Tao Tak 馮道德 peut aussi s’écrire en cantonais Fung Dou Dak et s’écrit en mandarin Fong Dao De.
  • Pak Mei 白眉 peut aussi s’écrire en cantonais Bak Mei et s’écrit en mandarin Pai Mei ou Bai Mei.
  • Miu Hin 苗顯 s’écrit en mandarin Miao Xian.
  • Hung Hei Koon 洪熙官 peut aussi s’écrire en cantonais Hung Hei Goon, Hung Hay Koon et s’écrit en mandarin Hung Xi Guan.
  • Fong Sai Yuk 方世玉 s’écrit en mandarin Fang Shi Yu.

Source

[1] The Creation of Wing Chun: A Social History of the Southern Chinese Martial Arts, p81, JUDKINS Benjamin, NIELSON Jon, ed. State University of New York Press, 2015

[2] Ibid, p84

[3] Ibid, p81-82

[4] The Triad Society or Heaven and Earth Association, p31, STANTON William, ed. Kelly & Walsh. 1900 et 天地會 Thian Di Hwui, The Hung League or Heaven Earth League, a secret society with the chinese in China and India, p15, SCHLEGEL Gustave, ed. Lange & Co., 1866

[5] 天地會 Thian Di Hwui, The Hung League or Heaven Earth League, a secret society with the chinese in China and India, p7 à p19, SCHLEGEL Gustave, ed. Lange & Co., 1866

[6] The Little Idea, Wing Chun compagnon book 2 : Siu Nim Tau, p25, RICHTER Alex, ed. City Wing Tsun, Inc, 2016

[7] Paper Swordsmen: Jin Yong and the Modern Chinese Martial Arts Novel, p36, HAMM John Christopher, ed. University of Hawai’i Press, 2006

[8] chinesemartialstudies.com et 116 Wing Tsun Dummy Techniques, p10, YIP Chun, ed. Leung’s Publications, 1981

[9] The Creation of Wing Chun: A Social History of the Southern Chinese Martial Arts, p284, JUDKINS Benjamin, NIELSON Jon, ed. State University of New York Press, 2015

[10] Ibid, p86-87 et Roots and Branches of Wing Tsun, p29 , LEUNG Ting, ed. Leung Ting Co, 2000

[11] The Creation of Wing Chun: A Social History of the Southern Chinese Martial Arts, p92, JUDKINS Benjamin, NIELSON Jon, ed. State University of New York Press, 2015

[12] Choy Lay Fut Kung Fu The Dynamic Art of Fighting, p8-9, LEE Koon-Hung, ed. Lee Koon Hung Publishing Compagny, 1983

[13] taipinginstitute.com

[14] themartialman.com et wumeigongfu.com

[15] meihuazhuang.jimdofree.com et it.linkfang.org

[16] Roots and Branches of Wing Tsun, p56 , LEUNG Ting, ed. Leung Ting Co, 2000

[17] Five Pattern Hung Kuen (part 1), p13-25, LEUNG Ting, ed. Leung’s publications, 1980

[18] Five Pattern Hung Kuen (part2), p29, LEUNG Ting, ed. Leung’s publications, 1981

[19] naamkyun.com

[20] whitetigerkungfu.com et baike.baidu.com

[21] chinesemartialstudies.com

[22] Wing Chun : traditional Chinese kung fu for self defense & health, p17, TSE Michael et IP Chun, ed. St. Martin’s Griffin, 1998

[23] The Secrets of Phoenix-Eye Fist Kung-Fu, The art of Chuka Shaolin, p11-12, CHEONG Cheng Leong, WILEY Mark V., Ed Tuttle Publishing, 2000 et chinesemartialstudies.com

[24] taipinginstitute.com

[25] taipinginstitute.com et Karate Nerd in China (Ep. 5) (youtube channel of Jesse Enkamp)

[26] Quanzhou Wuzu fist (youtube channel of CGTN)


 

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