Les origines du Hung Gar par Lam Sai Wing


Vous trouverez ci-dessous un texte de Lam Sai Wing 林世榮 sur les origines du Hung Gar 洪家. Ce texte est la préface du livre Gong Gee Fook Fu Kuen 工字伏虎拳, Apprivoiser/Dompter le Tigre sur le caractère Gong 工, publié en 1936 par Lam Sai Wing, et son disciple Jyu Yu Jai 朱愚齋.

Gong Gee Fook Fu Kuen 工字伏虎拳 est une forme qui est considérée comme l’un des quatre piliers du Hung Gar de la lignée de Wong Fei Hung 黃飛鴻. Lam Sai Wing (1861-1943) a certainement été l’élève le plus célèbre de Wong Fei Hung (1847-1925) et a fortement contribué à la diffusion du Hung Gar.

 

Je vous présente ici le texte de Lam Sai Wing en chinois, suivi de sa traduction en français [1]. Je ne ferai aucunes analyses sur ce manuscrit car j’y reviendrai régulièrement dans de prochains articles.

 

Les origines du Hung Gar par Lam Sai Wing

Une édition du manuel de Lam Sai Wing, Gong Gee Fook Fu Kuen 工字伏虎拳.

工字伏虎拳略歷

清雍年間 ,台灣被日軍佔據。清政府聞報大驚,傾子傾國大小文武將官不能取回台灣。屢敗回朝,偶遇福建省少林寺一班和尚,奮勇上前將日軍打退,奪回台灣。

清政府聞報大喜,欲加封官爵,因出家之人故不受封,御賜禾田穀米以作酬勞。清政府忽想寺內有如此能人,恐防有革命之心,為害不小,因起妒忌,遂於送穀米時密遺人將禾草堆積於寺側作火引,夜間放火燒毀少林寺。當時內各僧聞訊皆出寺逃生,走得五零星散,播散各省。

惟至善禪師逃落粵東,廣州河南海幢寺棲身。遂於寺內教授國技,有陸亞彩者,至善之首走傳其秘,而傳與黃泰, 南海西樵陸洲鄉人。黃泰傳其子麒英,再傳其子黃飛鴻,是三代之祖傳。

黃飛鴻曾在吳全美及劉永福軍門教練,清光緒年間在將軍衙門考得靖汛大旗手,後在福建省臬台唐竟崧部下。當時福建省百姓要求唐竟崧為民主國王,黃飛鴻遂為殿前大將軍。李鴻章統率懷軍數千餘人,誅滅革命黨起見唐竟崧寡不敵眾,卒割鬚逃走。

黃飛鴻隨唐逃往廣州市,謀事不成,遂在仁安街保芝林設立黃飛鴻醫館一所,隱居不傳。門前大書武藝功夫難以傳授,千金不傳, 求師莫問等語,故有志者無從問津焉。

 

Un bref historique de Gong Gee Fook Fu Kuen [2]

Sous le règne de l’empereur Yongzheng 雍正 (1722-1735), de la dynastie Qing (1644-1912), l’armée japonaise occupait l’île de Taiwan 台灣. Lorsque la nouvelle de la prise de certaines villes par les japonais parvint au gouvernement Qing, celui-ci fut terrifié et y envoya les troupes chinoises pour reprendre l’île, mais l’armée chinoise subit plusieurs défaites les unes après les autres. Les différents commandants militaires n’ont pas pu chasser les japonais. Après cela, un détachement de moines du monastère de Shaolin 少林寺 de la province du Fujian 福建 a été envoyé à Taiwan. Plein d’audace et de courage, les moines ont porté un coup décisif à l’armée japonaise qui  s’est retirée après sa défaite. Taiwan a été libéré.

Le gouvernement Qing était réjoui de la victoire et voulait attribuer divers titres et postes aux moines les plus courageux. Cependant, les moines en dehors de toutes commodités matérielles et de titres prestigieux n’ont pas accepté les postes accordés, et ils ont donc reçu des terres agricoles, des céréales et du riz en guise de paiement. Cependant, le gouvernement Qing s’est soudainement rendu compte que si ces moines avaient des idées de révolution, alors le mal ne serait certainement pas sans conséquence. Ainsi, tourmenté par les soupçons, tout en envoyant les céréales et le riz en guise de récompense, le gouvernement a également envoyé secrètement des hommes au monastère pour l’incendier. Profitant de la nuit, les hommes du gouvernement ont allumé un feu à l’aide de foin entassé le long des murs du monastère le réduisant à l’état de cendres. Les moines qui ont pu se sauver après l’incendie se sont dispersés dans différentes directions dans toute la Chine comme des « étoiles dans le ciel ».

L’un d’eux, le maître Chan (Bouddhiste) Gee Sin 至善禪師 s’est échappé dans le Guangdong 粵東 [3] et s’est installé dans le temple Haichuang 幢寺 [4] dans le district de Nanhai 南海 près de la ville de Guangzhou 廣州 (Canton). Par la suite, il a commencé à enseigner les arts martiaux [5] dans le temple. Il a transmis ses secrets à son meilleur élève Luk Ah Choy 陸亞彩, qui à son tour a transmis ces compétences à Wong Tai 黃泰, un homme du village de Luzhou 陸洲 dans le canton de Xiqiao 西樵 du district de Nanhai 南海. Wong Tai a transmis ces compétences à son fils Wong Kay Ying 黃麒英, qui à son tour les a transmises à son fils Wong Fei Hung 黃飛鴻 qui devint le successeur pour la troisième génération.

Wong Fei Hung était autrefois l’instructeur d’arts martiaux dans les armées des généraux Wu Quanmei 吳全美 et Liu Yongfu 劉永福. Pendant le règne de l’empereur Guangxu 光緒 (1875-1908), il fut promu au poste de Jingxun Daqishou 靖汛大旗手 (Grand Homme des Bannière pour le contrôle des inondations). Plus tard, dans la province du Fujian, il faisait partie des troupes du général Tang Jinsong 唐竟崧. A cette époque, des émeutes ont émergé dans le Fujian. Les habitants de la province ont exigé que Tang Jinsong prennent la tête de la province avec Wong Fei Hung comme commandant en chef. Cette nouvelle conduit Li Hongzhang 李鴻章, le commandant de l’armée gouvernementale comptant plusieurs milliers d’hommes, à réprimer les émeutes. Tang Jinsong n’a pas pu résister à une telle force et a décidé de se cacher après s’être rasé la moustache et la barbe.

Tang Jinsong et Wong Fei Hung se sont réfugié à Guangzhou, puis se sont séparés. Wong Fei Hung a ensuite ouvert un centre médical nommé Bo Chi Lam  ​​保芝林, à Renan Street 仁安街. Il y a vécu seul sans transmettre ses compétences. Devant sa porte, il y avait un panneau où il était écrit :  » Les arts martiaux sont difficiles à transmettre, même pour 1000 pièces d’or, je ne vous apprendrai pas. Ne venez pas ici chercher un professeur.  »


Notes

[1] La traduction en français a été faite à partir de la version anglaise du livre proposé par www.kungfulibrary.com, ainsi que de la version chinoise.

[2] Malgré le titre Un bref historique de Gong Gee Fook Fu Kuen, Lam Sai Wing fait le récit chronologique des différents protagonistes qui ont transmis le Hung Gar (noter qu’à aucun moment le nom du style, Hung Gar 洪家, n’est mentionné) de Gee Sin à Wong Fei Hung. Une grande partie de son texte est d’ailleurs consacrée à la vie de son maître Wong Fei Hung.

[3] Lam Sai Wing utilise les caractères 粵東 comme abréviation pour désigner l’Est du Guangdong 廣東.

[4] Lam Sai Wing utilise les caractères 幢寺 pour désigner le monastère. Ce même monastère est aujourd’hui connu sous le nom de Haichuang 海幢寺 (Hoitong en cantonais).

[5] Pour évoquer les arts martiaux, Lam Sai Wing utilise ici les caractères guoji 國技, littéralement les compétences nationales. Ceci fait écho au terme guoshu 國術 littéralement les arts nationaux, utilisé à cette période (voir mon article qui traite le sujet).


 

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