5 bonnes raisons de pratiquer les arts martiaux philippins


J’ai découvert l’Eskrima en 2004 en même temps que le Wing Chun et j’ai tout de suite été séduit par cet art martial. Comme je l’ai précisé dans cet article, le Wing Tsun (voir mon article sur la terminologie) et le Latosa Eskrima ont été enseignés communément dans de nombreux clubs d’arts martiaux de l’Europe de l’Ouest à partir des années 80. En tant que pratiquant d’arts martiaux ayant comme ligne rouge l’auto-défense, ces deux disciplines m’ont permis d’aborder une approche globale et complète de l’auto-défense avec d’une part, le combat à mains-nues, et d’autre part, le maniement des armes.

En 2013, suite à mon premier voyage aux Philippines et mon entrainement au Combate Esrima Maranga (CEM) avec la famille Maranga, j’ai décidé de proposer à mes élèves de Wing Tsun des séances de CEM pour promouvoir et transmettre cet art martial. Je regrette de ne pas avoir réussi à « accrocher » de nombreux élèves. C’est ce qui m’a donné envie d’écrire ce court article ; donner du sens à la pratique de l’Eskrima pour les personnes restant encore dubitatives.

Dans les lignes qui suivent, j’exposerai 5 bonnes raisons de pratiquer l’Eskrima, ou au sens large, les arts martiaux philippins (ou FMA pour Filipino Martial Arts).

 

1/ Les arts martiaux philippins se pratiquent avec armes et sont complémentaires aux méthodes d’auto-défense à mains nues.

Contrairement à de nombreuses disciplines martiales, l’apprentissage débute avec le maniement des armes dans les arts martiaux philippins. En premier lieu, on commence généralement par le bâton court qui peut être assimilé à une machette. La pratique se diversifie par la suite en introduisant les doubles bâtons (Sinawali) et le couteau. Ce maniement des armes permet d’aborder une dimension du combat qui peut être complémentaire pour les méthodes d’auto-défense à mains nues. Les armes utilisées dans les arts martiaux philippins, principalement le bâton et le couteau, ont l’avantage d’être encore ancrées dans la réalité et/ou facilement transposables (c’est l’objet du point 2 ci-dessous). Ce n’est pas le cas pour les armes ancestrales utilisées dans les arts chinois ou japonais par exemple. Le maniement du sabre, de l’épée, de la lance ou de la hallebarde paraissent assez éloigné d’une situation d’agression contemporaine.

Angel Cabales en position de combat (Tindig Serrada) à l’Espada y Daga.

D’autre part, les arts philippins se consacrent également au combat à mains nues, en utilisant souvent les principes de combat et la coordination développés avec les armes. En CEM par exemple, les différents sinawali que composent ce système donnent une base de coordination de mouvements, de fluidité et de continuité pour aborder le combat à mains nues. Plusieurs terminologies désignent la pratique à mains nues : arnis de mano, mano-mano, panantukan, pangamot, suntukan, sumbagay, cadena de mano… ou encore boxe philippine. Les techniques utilisées sont très variées, on retrouve des percussions (pieds, poings, coudes, genoux et tête), des clés ainsi que des techniques de grappling et de trapping.

En fin de compte, les arts martiaux philippins sont très complets et pragmatiques. Ils constituent à eux seuls de bonnes méthodes d’auto-défense.

 

2/ Les arts martiaux philippins sont efficaces et transposables à divers objets du quotidien.

Complets et pragmatiques donc, les arts martiaux philippins sont également sans fioritures, ni artifices. Comme dans de nombreux arts martiaux, il existe des exercices individuels, des formes, pour apprendre à manier son arme. On peut aussi passer du temps à frapper avec un bâton dans des pneus empilés pour développer sa puissance de frappe. Toutefois, dans les arts philippins l’accent est rapidement mis sur le travail avec partenaire. L’échange de bâton est primordial pour se forger une expérience et trouver parfois de manière intuitive ce qui fonctionne. Les pratiquants de FMA sont généralement familiers à l’odeur de bois brûlé si particulière générée par le frottement et les impacts des bâtons de rotin. Les arts philippins permettent d’atteindre rapidement une aisance, une fluidité et une efficacité dans la pratique.

« N’importe quoi entre tes mains est une arme » Rodel Dagooc, Fighting Sticks of Arnis, 2016.

Matt Damon incarne Jason Bourne un ancien agent de la CIA capable de transformer n’importe quel objet lambda en arme. Dans The Bourne Supremacy, Jason Bourne utilise un magazine pour faire face à son agresseur armé d’un couteau (Cliquer sur l’image pour lire la vidéo). Source : photo issue de imgur.com

Les arts philippins permettent également de transposer facilement de nombreux objets du quotidien en arme de substitution. En effet, l’habilité développée avec les armes d’entrainement régulières (bâton, couteau…) donne la possibilité d’utiliser les mêmes mouvements et techniques avec les objets de la vie de tous les jours.  Il m’arrive très souvent de faire des mouvements d’Eskrima avec n’importe quel objet qui me passe sous la main, et ce de manière parfois inconsciente. Je me rappelle d’une fois en soirée chez un ami membre d’un groupe de musique, avoir été surpris à faire des mouvements d’Eskrima avec une mailloche ! Je suis aussi adepte de ce genre de mouvements avec les magazines trouvés dans le métro marseillais… bref, les transpositions sont multiples et n’ont de limite que l’imagination.

Je suis un grand fan de la série de film Jason Bourne  où l’on peut voir le personnage incarné par Matt Damon se défendre avec divers objets comme un stylo, un magazine roulé, un livre, une serviette, un cordon d’alimentation, un pied de chaise en bois, une casserole… L’approche très réaliste de ces scènes d’action sont de bons exemples sur la transposition des FMA avec les objets de la vie de tous les jours. A noter, que Jeff Imada, le chorégraphe des scènes de combat de The Bourne Supremacy et de The Bourne Ultimatum, est un expert en arts martiaux philippins.

Pour savoir comment manier un objet lambda, il convient de prendre en compte deux critères fondamentaux ; sa taille et sa capacité à causer des dégâts, l’objet est-il coupant ou contondant ? Ensuite, on peut se référer au vieux proverbe populaire dans les arts martiaux philippins qui dit :

« Le bâton cherche l’os. La lame cherche la chair. » Proverbe philippin.

3/ Les arts martiaux philippins développent des compétences transposables pour le combat à mains nues.

Comme nous l’avons vu dans le point 1, les arts martiaux philippins sont aussi spécialisés dans le combat à mains nues. Certaines pratiques à mains nues sont une transposition directe des exercices effectuées avec les bâtons, c’est le cas en CEM avec le sinawali.

Rico Maranga explique dans cette vidéo la relation entre le sinawali et la pratique à mains nues. (Cliquer sur l’image pour lire la vidéo).

Pour les pratiquants d’arts martiaux comme moi déjà expérimentés dans leur discipline à mains nues,  le travail des armes en FMA développe des compétences transversales qui ne peuvent qu’enrichir votre pratique martiale. Je ne parle pas de techniques qu’on pourrait emprunter aux FMA, mais bien d’un travail sur des concepts de combat que l’on retrouve dans toutes les disciplines martiales  comme la distance, le timing, la coordination, la continuité, le dynamisme, la mécanique du corps… etc.

Toutefois, les arts martiaux philippins apportent aussi un bagage technique interessant sur la notion de désarmement. Dans tous les styles de FMA, on aborde les désarmements quelle que soit l’arme utilisée par l’adversaire. Cet entrainement systématique aux désarmements procure une expérience considérable dans ce domaine. Il permet également un transfert des techniques de désarment dans un tout autre contexte ; on peut donc envisager de désarmer quasiment n’importe quel objet de la main d’un agresseur. Là, je parle bien de techniques !

 

4/ Les arts martiaux philippins sont très ludiques et plaisants à pratiquer.

Nous avons tous joué avec des épées en bois aux chevaliers ou aux mousquetaires quand nous étions petits… et bien comme moi, certains ne se sont jamais arrêtés !

Les arts philippins sont vraiment très plaisants à pratiquer. De nombreux systèmes intègrent dans leur entrainement des conditions pour générer un flow qui permet aux pratiquants d’échanger des techniques sur plusieurs secondes à une haute rapidité ; ce type d’entrainement dynamique et adaptatif est tout simplement super fun et apporte des sensations extraordinaires ! Dans le courant Balintawak, auquel appartient le Combate Eskrima Maranga, ce type d’entrainement est nommé palakaw.

Toujours dans le courant Balintawak, il existe un concept d’anticipation des mouvements de l’adversaire qui se nomme Cuentada et qui se présente comme un véritable jeu d’échec entre deux pratiquants d’Eskrima où les pions ont été remplacés par des bâtons de rotin. L’apprentissage de situation complexe se travaille de manière isolée, sous la loupe, avant d’être intégré dans ce flow dynamique et adaptatif. Alors d’abord intellectualisé, puis réinvesti de façon intuitive, nul doute que cet entrainement développe et entretien une certaine activité cérébrale qui me fait penser aux parties d’échecs rapides.

Mon Sifu, Julian Junemän, et moi-même, présentons le Combate Eskrima Maranga dans cette vidéo. Nb : le site cem-france.com n’existe plus. (Cliquer sur l’image pour lire la vidéo).

 

5/ Les arts martiaux philippins permettent de découvrir la formidable culture philippine.

Quel pratiquant d’arts martiaux n’a pas rêvé de partir à l’autre bout du monde pour découvrir les racines de son art et apprendre directement des grands maîtres, tout en s’immergeant dans la culture du pays d’origine ?

Les Philippines sont très vastes et les maîtres de FMA sont nombreux. Les philippins sont très accueillants, chaleureux et enthousiastes à l’idée de partager leurs connaissances, c’est en tout cas l’expérience que j’ai vécu auprès de la famille Maranga à Cebu city.

Il y a tellement de chose à dire sur la culture philippines, je ne veux pas m’improviser ici guide touristique sur quelques lignes. Je vous laisse découvrir un aperçu de ce pays formidable au travers de ce documentaire Philippines, les couleurs du voyage de l’émission Echappées Belles (un des rares trucs que je regarde encore à la TV).

Un fameux Jeepney pris en photo dans les rues de Cebu. Pour la petite histoire, les jeepney sont à l’origine les jeep des militaires américains laissées aux Philippines après la seconde guerre mondiale. Les Philippins ont modifiés les véhicules pour les transformer en moyen de transport. C’est super cool comme moyen de transport ! Source : photo personnelle, Cebu 2013.

 

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