Qu’est ce que le Dim Mak 點脈 ?


Dim Mak 點脈 est souvent traduit en français par points vitaux et en anglais par death touch ou death point striking (que l’on peut traduire par touchés ou points mortels). J’y ai toujours vu une contradiction sémantique ; d’un côté des points vitaux « de vie » et de l’autre des touchés ou points mortels « de la mort ». Pour autant la traduction de Dim Mak par points vitaux est très répandue dans le monde des arts martiaux, ainsi que dans la culture populaire, et de nos jours plus personne ne semble s’interroger sur la signification précise de Dim Mak. Il y a pourtant une grossière erreur de traduction qui se perpétue en occident depuis plusieurs décennies.

 

Les Dim Mak ont très certainement été popularisés dans les films d’arts martiaux du cinéma de Hong Kong de l’après-guerre. Plus récemment, on se souvient tous des films hommages à ce genre de cinéma de Quentin Tarantino, Kill Bill (volume 1 et 2), où l’héroïne, Beatrix Kiddo, utilise « la technique des cinq points et de la paume qui font exploser le cœur » pour tuer le fameux Bill. Cette technique est très largement inspirée des films de la Shaw Brother, mettant en scène le personnage Pai Mei 白眉 (ou Pak Mei) dans les film Executionners of Shaolin (1979) et  Clan of the White Lotus (1980).

Je me souviens aussi d’un film que j’avais particulièrement apprécié, Le Baiser Mortel du Dragon, de Chris Nahon en 2001. Le personnage interprété par Jet Li utilise des aiguilles d’acupuncture sur des points précis du corps humain, que l’on peut qualifier de Dim Mak, pour provoquer plusieurs effets comme, la paralysie, l’endormissement … et la mort :

« J’ai planté une aiguille dans votre cou. […] A un endroit précis, particulièrement secret. On l’appelle le Baiser du Dragon. […] Le sang qui vient de tout votre corps monte dans votre tête… là, il s’arrête… il ne redescend plus. Bientôt, il va sortir par votre nez, vos oreilles… même par vos yeux… et puis… vous mourez… dans la souffrance. » Liu Siu Jian (Jet Li)

Régulièrement, on retrouve aussi l’utilisation des points vitaux dans les mangas de type shonen. Un des plus emblématiques est certainement le manga des années 1980, Hokuto no Ken, connu en France sous le nom de Ken le survivant, ou le héros, Kenshiro, spécialiste en arts martiaux et en Dim Mak, survit dans un univers post-apocalyptique à l’ambiance punk rock.

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Ces quelques exemples sont loin d’être exhaustifs, les Dim Mak ou « les points vitaux » se retrouvent dans plusieurs autres domaines de la culture populaire. Dans la culture musicale, citons par exemple le titre de l’album de Sexion d’Assaut paru en 2010 : L’École des points vitaux.

 

D’autre part, les Dim Mak ont fait couler beaucoup d’encre lors de la disparition de Bruce Lee en 1973 à Hong Kong. Des rumeurs plus ou moins absurdes ont remis en cause la mort officielle de Bruce Lee due à un œdème cérébral causé par une allergie à un analgésique. D’après ces rumeurs Bruce Lee aurait été assassiné par la mafia ou des pratiquants d’arts martiaux à l’aide d’une technique secrète de Dim Mak. On a évoqué par exemple qu’un expert en arts martiaux malaisien aurait asséné à Bruce Lee une technique nommée « la paume vibrante » ayant provoquée sa mort [1].

 

Les Dim Mak sont souvent empreints d’ésotérisme et de mysticisme et relève parfois du fantasme dans les arts martiaux.

En fin de compte, que signifie Dim Mak, de quoi s’agit-il et quelle est son origine ?

 

Définition et historique de Dim Mak 點脈

Dim 點 signifie point/presser.

Mak 脈 signifie vaisseau sanguin/artère. A noter toutefois que Yang Jwing Ming considère que Mak (Mai en mandarin) 脈 peut désigner certes les vaisseaux sanguins, Xue Mai 血脈, mais aussi les canaux énergétiques, Qi Mai 氣脈 [2].

Pour autant, le caractère Mak ou Mai 脈 étant associé principalement au sang, on peut donc traduire Dim Mak 點脈 littéralement par presser les vaisseaux sanguins. Dim Mak est un terme cantonais, on le prononce Dian Mai en mandarin. Un terme alternatif souvent utilisé est Dian Xue 点穴 (en mandarin) signifiant presser les cavités. 点 étant le caractère moderne et simplifié pour 點, cavité. A noter que Dian Xue est un terme utilisé aussi pour désigner la pratique de la digitopuncture.

De quoi s’agit t-il exactement ? D’après la traduction donnée, presser les vaisseaux sanguins, on pourrait considérer qu’il s’agit de techniques visant à stopper ou couper la circulation sanguine avec des points de pression ou des frappes à des endroits précis, comme par exemple dans la partie supérieur du cou pour atteindre l’artère carotide. Toutefois, ces techniques sont définies par Yang Jwing Ming sous le terme Duan Mai 斷脈 [2].

En fin de compte, le Dim Mak 點脈 (ou Dian Mai), ou encore Dian Xue 点穴,  consiste à presser ou frapper les points énergétiques du corps humain, plus connus sous le nom de points d’acupuncture [2] [3]. Gabrielle et Roland Habersetzer indiquent dans la Nouvelle Encyclopédie des Arts Martiaux d’Extrême-Orient [4], qu’il s’agit de frappe ou de pression sur les points vitaux du corps humain. Ces points spécifiques sont des points faibles de la structure humaine et se localisent le long des méridiens, Jing Luo 經絡, et de leurs ramifications extrêmes. Cette connaissance repose sur les théories de la médecine traditionnelle chinoise dans une approche opposées pour les experts en arts martiaux en quête d’un surcroit d’efficacité.

Estampe représentant les principaux points d’acupuncture du corps humain. Source : Engelbert Kaempfer, 1729. BNF Gallica

Les arts internes de Wudang font mention très tôt de l’utilisation des techniques du Dim Mak dans leur pratique martiale. Zhang  Sanfeng 張三丰 aurait été à l’initiative de l’introduction des techniques de Dim Mak dans les arts internes, notamment dans le Taiji [5] [6]. Par la suite, les héritiers de  Zhang Sanfeng aurait perpétué cette pratique martiale [7]. La mention de Dim Mak, ou plutôt Dian Xue, apparaît dès le 17ème siècle dans un écrit de Huang Baijia 黃百家, pratiquant des arts martiaux de Wudang, élève direct de Wang Zhenggnan 王征南.

« Il existe de nombreux points d’acupuncture à frapper, tels que : les points qui causent la mort (Si Xue 死穴), le mutisme (Ya Xue 啞穴), l’évanouissement (Hun Xue 暈穴) et la toux (Hai Xue 咳穴) » Huang Baijia [8]

Gabrielle et Roland Habersetzer avancent également que ceux sont les moines taoïstes qui auraient été les premiers à faire des recherches dans ce domaine. Tout d’abord avec Zhang Sanfeng puis d’autres moines comme Feng Yiquan qui référença 36 points vulnérables du corps humain dont 9 provoquent la douleur, 9 la paralysie, 9 la syncope et 9 la mort. Feng Yiquan y ajouta également la connaissance des rythmes de la circulation de l’énergie interne dans le corps [4] [9]. Dans ce paradigme propre à la médecine traditionnelle chinoise, certains points du corps humain seraient plus sensibles et vulnérables à certaines heures de la journée. Par exemple,  si l’on assènerait un coup suffisamment puissant dans la zone située au-dessus du mamelon située sur le troisième espace intercostal, ce qui correspond au point 16 du méridien de l’estomac (appelé également Ying Chuang 膺窗, la fenêtre de la poitrine), et ce précisément entre entre 21h et 23h,  ceci provoquerait la mort de la victime en moins d’une semaine [10]… pas facile à calculer en situation d’urgence avec nos changements d’horaire biannuel ! Autre exemple, le sommet du crâne (le point 22 ou 24 du méridien vaisseau gouverneur) serait plus efficace s’il est frappé le matin [4] [9] … pour autant méfiez-vous des coups sur la tête en fin de soirée, ils sont tout aussi dangereux !

Les 36 points vitaux originels. Source : The Bible of Karate Bubishi, p116, Patrick McCarthy.

L’utilisation des « points vitaux » est très répandue dans les arts martiaux asiatiques. On les retrouve dans de nombreux pays, si bien qu’il est difficile de savoir s’il y a une même origine à cette pratique. Pour autant, il semble évident que toute pratique portée sur la guerre, quelles qu’elle soient, vise à déterminer les forces et les faiblesses de son adversaire. On a pas attendu Sun Tzu ou Vegetius pour comprendre qu’il fallait attaquer les points faibles de l’ennemi pour le vaincre.

Lorsque j’étais pratiquant de ju-jutsu traditionnel japonais, Hakko-ryu 八光流, j’avais pour habitude d’exercer, ou plutôt subir, des Gakun 雅勲. Cette technique consiste à exercer une pression sur les poignets de l’adversaire le long des méridiens, avec la tête du deuxième métacarpien (celui qui est en amont des phalanges de l’index) sur un point dit d’acupuncture du poignet après avoir effectué une saisie. Ce n’est pas une clé articulaire du poignet pour autant, même s’il peut y avoir une double technique : clé articulaire plus Gakun, par exemple lors d’un matsuba dori 松葉捕. Pour les avoir subit, je me rappelle que les Gakun exercés sur le méridien du cœur ou du poumon étaient particulièrement douloureux. Concrètement, les Gakun sont des techniques de pression sur les points d’énergie, ou points d’acupuncture, du corps humain, toutefois le terme « points vitaux » n’a jamais été utilisé pour désigner cette méthode. On retrouve dans certaines techniques de Qinna 擒拿 des pratiques comparables au Gakun, où les points de pression sont principalement effectués avec le pouce [11].

Dans les arts martiaux japonais, lorsqu’on veut parler de « points vitaux » on utilise plutôt le terme Kyusho 急所, ou encore Sappo 殺法, ils sont notamment utilisés en Karate. Gichin Funakoshi a précisé que tous les points vulnérables du corps humain, les Kyusho, utilisés en Karate ne sont pas pour autant exactement les mêmes points utilisés en médecine traditionnelle. Par exemple, une pique dans les yeux ou un coup à la base du menton ne sont pas des points utilisés en médecines traditionnelles [12].

« Un point vital n’est qu’un point où un coup est relativement efficace. » Gichin Funakoshi [12]

Autre exemple, les « points vitaux » sont désignés en Inde par le terme Marma. Ceux sont des points similaires aux points d’acupunctures. D’après la théorie des Marma, il y aurait 107 points dans le corps humain vulnérables et provoquant des effets allant de la simple douleur,  jusqu’à la mort [13]. Les frappes ou techniques de pression sur les Marma sont utilisés dans les arts martiaux indiens comme le Kalaripayat et Mallayuddha, la lutte traditionnelle indienne.

Pour revenir précisément sur le terme cantonais Dim Mak, associé de fait aux arts martiaux du sud de la Chine, Patrick McCarthy avance que sous les Qing, Huang Zongxi 黃宗羲 et son fils Huang Baijia, tous deux élèves de Wang Zhenggnan 王征南 héritier des arts de Wudang, auraient transmis leur savoir sur la connaissance des Dian Xue au légendaire monastère de Shaolin du sud. De là, cette connaissance se serait rependue dans les arts martiaux du sud de la Chine [14].

Pourtant les arts du sud de la Chine semblent avoir une autre approche de l’interprétation de Dim Mak, du moins à notre époque. Par exemple, dans son livre consacré au Choy Li Fut 蔡李佛, le Maître Lee Koon Hung évoque des attaques sur les points vitaux et énumère précisément 12 cibles vulnérables du corps humain : la tempe, entre les yeux, les yeux, entre la lèvre supérieur et le nez, la mâchoire, derrière l’oreille, la gorge, de chaque côté du coup, le sternum, le plexus, les côtes et les parties génitales [15]. Même si Lee Koon Hung parle de points vitaux, il ne précise pas pour autant qu’il s’agit de points énergétique, d’acupuncture, mais plutôt de zones de frappes que l’on retrouve dans les techniques modernes d’auto-défense. On retrouve cette même approche très pragmatique dans le Wing Chun ou encore dans le Hung Gar. J’aurai l’occasion d’approfondir davantage le sujet dans la partie ci-dessous.

 

Dim Mak et auto-défense

L’expérience des combats de rue, les confrontations dites « réelles » dans nos sociétés modernes, ont amené les pratiquants de systèmes d’auto-défense (self-defense) à se poser les bonnes questions sur les stratégies, les principes de combat et les techniques à adopter pour faire face à une situation réelle. Identifier les faiblesses du corps humain et définir les cibles principales font partie des savoirs incontournables d’une approche réaliste et pragmatique des situations d’agression.

Lors d’un tel événement, la victime comme l’agresseur, subissent une montée d’adrénaline due à la peur, au stress, à l’excitation que génère cette situation. L’adrénaline est une substance hormonale, une fois libérée dans le sang, elle produit des effets dans tout le corps de type : ralentissement ou arrêt de la digestion, augmentation du rythme cardiaque et respiratoire, dilatation des pupilles, augmentation du tonus et de la force musculaire… et, entre autres, diminution ou inhibition de la douleur. L’objectif est de permettre à l’organisme d’avoir suffisamment d’énergie pour faire face à une situation extrême et de choisir une des deux réponses instinctives : combattre ou fuir. [16]

Concernant le propos de cet article, ce qui nous intéresse ici est la diminution ou l’inhibition de la douleur. Ajoutons à cela que sous l’influence de drogues, d’alcool ou de maladies mentales, certains agresseurs peuvent être totalement immunisés contre la douleur [17]. Si on part de ce postulat, l’agresseur ressent peu, ou pas, la douleur, cela implique une stratégie d’attaque ; il convient alors de cibler des points vulnérables du corps humain, pour contraindre l’agresseur de manière mécanique à stopper son agression et l’empêcher de combattre physiquement.

 

Rory Miller a défini quatre effets physiques que l’on peut provoquer à l’adversaire lors d’un combat : le mouvement, la douleur, le dommage ou l’état de choc. Selon l’objectif recherché, il faut opter pour telle ou telle technique.

A noter que d’après le schéma ci-dessous, les points de pression, que nous avons vu plus haut avec les techniques de Gakun ou Qinna, ne sont pas considérés comme des Dim Mak selon la définition donnée. En effet, leur principal effet se concentre sur la douleur.

Objectif vs. Technique. Source : Meditations on Violence (p143) de Rory Miller

« En auto-défense, la douleur est toujours un extra, jamais le but recherché. » Rory Miller [17]

Dans une approche réaliste d’une situation d’agression engagée physiquement, il est alors nécessaire d’utiliser des techniques occasionnant des dommages ou un état de choc à l’agresseur, pour mettre fin à l’affrontement le plus rapidement possible. Le dommage détruit l’intégrité structurelle d’un point du corps en particulier le rendant inutilisable, par exemple une articulation. L’état de choc arrête certains systèmes du corps humain, généralement en altérant le système circulatoire ou nerveux, si sévèrement que l’organisme cesse de fonctionner, par exemple un coup au foie. Cela ne signifie pas nécessairement la mort ou même l’inconscience. [17]

Depuis que l’homme moderne s’intéresse à l’auto-défense, les points vulnérables du corps humains sont bien connus et ceux sont toujours les mêmes utilisés aujourd’hui. Ces points vulnérables, qu’on pourrait qualifier de Dim Mak contemporains ou de Dim Mak de l’auto-défense, sont nés de l’expérience, du bon sens et d’un minimum de connaissance anatomique. En 1929, Émile André évoquait déjà quelques cibles efficaces à frapper pour se « défendre dans la rue ». Il parle de coup de pied de la pointe dans les parties sexuelles, de coup de poing à la figure, à la mâchoire, à la pointe du menton, dans le cou, la carotide, et de coup de poing au corps dans la région de l’estomac [18]. Quelques décennies plus tard, Bruce Lee rappelait des cibles semblables dans son approche de l’auto-défense. Il insistait sur deux cibles principales que sont les yeux et les parties génitales, entre autres (voir dessin ci-dessous) [19].

Est-il nécessaire de rappeler ici que ces deux cibles sont exclues de toutes compétitions sportives ? L’auto-défense et les sports de combat sont deux mondes différents, mêmes si on trouve souvent des similitudes.

Dessin de Bruce Lee. Cibles principales du corps humain. Source : Jeet Kune Do, commentaire sur la voie martiale [20]

« Combattre n’est pas seulement frapper mais viser les points faibles de votre ennemi. » Bruce Lee [21]

Tous les systèmes d’auto-défense modernes, et les arts martiaux s’intéressant de prêt à ce concept, mettent en évidence des points vulnérables du corps humain. Récemment dans la littérature française, les experts en auto-défense ont proposé quelque chose de tout à fait similaire. On distingue des cibles essentielles et pragmatiques qui altèrent trois caractéristiques physiques de l’adversaire que sont la vision, la respiration et la mobilité [22]. Si une de ces trois caractéristiques est altérée, l’agresseur est mis hors de combat durant au moins quelques minutes.

La vision « moderne » des points vulnérables du corps humain.

Brièvement, passons en revue les différentes cibles du schéma ci-dessus, avec les effets occasionnés lors d’une frappe suffisamment puissante [23] :

  • Les yeux : pas besoin de frappes puissantes ici, les yeux sont des organes très sensibles, une simple poussière dans l’œil est déjà très incommodante, une attaque de type pique, hormis la douleur, handicape pour un temps plus ou moins long la vision. De plus, un choc important à l’œil entraîne une compression du nerf optique provoquant une désorientation avec vomissement , voire une perte de connaissance.
  • La gorge : une frappe à la gorge affecte la respiration par compression du cartilage thyroïdien et écrasement du larynx. Elle touche également le muscle sterno-cléido-mastoïdien (SCOM) qui correspond au passage du nerf vague, ce qui peut entraîner également un malaise vagal. En Wing Chun, certaines techniques avancées, comme le Shat Geng Sau 殺頸手, littéralement la main qui coupe la gorge, sont précisément dédiées à ce point vulnérable.
  • Le plexus : anciennement solaire, maintenant cœliaque, est un plexus nerveux qui participe à l’innervation de plusieurs organes ainsi que du diaphragme. Lorsqu’on frappe la zone du plexus, la plupart du temps c’est le diaphragme qui est affecté, le muscle responsable de l’inspiration. A l’impact, le diaphragme se contracte occasionnant une détresse respiratoire.
  • Le foie : c’est le plus grand organe de l’abdomen et le plus exposé. Comme tout organe, il est très innervé et donc très douloureux à l’impact. Lors d’un choc, le foie se compresse entrainant une réaction nerveuse du foie et de la vésicule biliaire qui stimule aussi le système nerveux autonome et le nerf vague, entrainant une succession d’effets indépendants du contrôle de la volonté ; entre autres, la dilatation des vaisseaux sanguins de tout le corps excepté ceux du cerveau (système nerveux autonome) et la diminution du rythme cardiaque (nerf vague). Ces effets ont pour conséquence la chute brutale de la pression sanguine. Pour rétablir la pression sanguine et l’afflux sanguin dans le cerveau, naturellement le corps se positionne l’horizontale. [24] 
  • Les parties génitales : en particulier les testicules, sont des organes sensibles car très innervés et non-protégées. L’impact provoque une douleur intense et irradiante jusque dans le bas ventre. Comme pour le foie, il s’ensuit d’autres réactions nerveuses en chaîne notamment sur le nerf vague, qui peuvent entraîner nausées, sudation, maux de tête et perte de connaissance.
  • Les chevilles et les genoux : une frappe dans ces zones occasionne une luxation de l’articulation et une instabilité mécanique qui affecte sérieusement la mobilité.

 

Ces quelques cibles identifiées sont les points vulnérables présentés comme étant les plus essentiels. En effet, si la vision, la respiration ou la mobilité sont touchées, l’agresseur ne peut plus combattre. On pourrait rajouter d’autres cibles, comme par exemple le menton, la mâchoire, l’arrière de l’occiput, la base du crâne ou encore la nuque qui ont la particularité de provoquer ce que l’on nomme en boxe anglaise, et d’autres sports de combat, le knock out cérébral. Un coup asséné dans une de ces zones a pour conséquence une onde de choc, des vibrations qui vont perturber le fonctionnement du cerveau et provoque une perte de connaissance.

 

Conclusion

D’après les origines supposées, les Dim Mak 點脈, ou plutôt les Dian Xue 点穴, sont des techniques qui auraient été mises aux points par Zhang Sanfeng 张三丰, le patriarche des arts martiaux de Wudang, dès la dynastie Song (960-1279). Ces techniques consistent à frapper ou presser les points énergétiques du corps humain, appelés plus couramment les points d’acupuncture, et non pas toutes vocations à être mortelles. Dim Mak ou Dian Xue sont souvent traduits à tord en occident par points vitaux ou death touch, on peut citer en exemple le livre le plus populaire à ce sujet actuellement, Encyclopédie du Dim-Mak : Les points vitaux selon la tradition chinoise de Erle Montaigue. Traduire Dim Mak ou Dian Xue par points vitaux est clairement un abus de langage. Lorsqu’on parle de points mortels en chinois, littéralement, on utilise le terme Si Xue 死穴 (en mandarin).

Les Dim Mak ont été mis en avant dans la pop culture, si bien qu’il y a encore beaucoup de mysticisme aujourd’hui autour de ces points spécifiques pour un public qui ne connait pas les arts martiaux. Je me souviens d’une personne que j’avais rencontrée en cours de ju-jutsu, il y a une quinzaine d’année, et qui était intéressée pour apprendre des techniques de points de pression ayant des effets à retardement pour se défendre en cas d’agression dans la rue. J’ai dû lui répondre quelques chose comme : « Cela n’a aucun intérêt de frapper un tel point en situation d’auto-défense. Si tu as un agresseur en face toi, mieux vaut frapper un point vulnérable qu’il le mette hors de combat le plus vite possible. Les techniques à retardement n’ont aucun sens en auto-défense. »

En effet, le pragmatisme des système d’auto-défense modernes, et des arts martiaux s’intéressant de prêt à cette notion comme le Wing Chun que je pratique, tendent à mettre en évidence des parties vulnérables du corps humain, plus par la connaissance anatomique scientifique que par une notion énergétique propre aux théories des médecines traditionnelles orientales . Les deux ne sont pas forcément distinctes et incompatibles diront certains, je partage en partie leur avis.

Pour terminer, du point de vue de la philosophie taoïste et de son concept yin-yang, si l’on considère les techniques d’attaque de Dim Mak comme yang, on peut alors considérer certaines techniques de défense comme yin, je pense notamment à la Chemise de Fer, Tit Saam 鐵衫 (en cantonais) ou encore à la Couverture de la Cloche Dorée, Jin Zhong Zhao 金鐘罩 (en mandarin), mais ceci est une autre histoire…


Source

[1] Bruce Lee : The Curse of the Dragon, de WEINTRAUB Fred et KHUN Tom, Warner Brothers, 1993 et Bruce Lee : Fighting Spirit, p224, THOMAS Bruce, Blue Snake Books, 1994

[2] Comprehensive Applications of Shaolin Chin Na, p10-12, YANG Jwing Ming, ed. YMAA, 1996

[3] Advanced Dim Mak, p11, Douglas H. Y. Hsieh, Meadea Enterprise Co, Inc. 1995

[4] Nouvelle Encyclopédie des Arts Martiaux d’Extrême-Orient – Technique, historique, biographique et culturelle, p139-143, HABERSETZER Gabrielle et Roland,  ed. AMPHORA, 2012

[5] Discussing Distinctions between The Internal and External schools of Martials Arts 論拳術內家外家之別, SUN Lutang 孫祿堂, 1929. Source : brennantranslation.wordpress.com

[6] The Bible of Karate Bubishi, p108, MCCARTHY Patrick, Tuttle Publishing, 1995

[7] Taiji Boxing 太極拳, LI Xianwu 李先五, 1933. Source : brennantranslation.wordpress.com

[8] Biography of Wang Zhengnan 王征南先生傳, de Huang Baijia 黃百家, 1676. Source : brennantranslation.wordpress.com

[9] The Bible of Karate Bubishi, p109-110, MCCARTHY Patrick, Tuttle Publishing, 1995

[10] The Bible of Karate Bubishi, p145, MCCARTHY Patrick, Tuttle Publishing, 1995

[11] Comprehensive Applications of Shaolin Chin Na, p10-12 et p26-27, YANG Jwing Ming, ed. YMAA, 1996

[12] Karate-Do Kyohan, The Master Text, p239, FUNAKOSHI Gichin, Kodansha International, 1973

[13] Marma Science and Principles of Marma Therapy, p22, Dr Sunil Kuma Joshi, Vani Publications Delhi, 2010

[14] The Bible of Karate Bubishi, p111, MCCARTHY Patrick, Tuttle Publishing, 1995

[15] Choy Lay Fut Kung Fu The Dynamic Art of Fighting, p50, LEE Koon-Hung, ed. Lee Koon Hung Publishing Compagny, 1983

[16] Neurocombat Livre 1, Psychologie de la violence de rue et du combat rapproché, p24, JACQUEMART Christophe, Fusion Froide, 2012 et https://www.hormone.org/

[17] Meditations on Violence, A Comparaison of Martial Arts Training & Real World Violence, p139-143, MILLER Rory, YMAA Publication Center, 2008

[18] L’Art de se défendre dans la rue avec armes ou sans armes, p36, p48, p50 et p55, ANDRE Emile, Ernest Flammarion, 1929

[19] Bruce Lee’s Fighting Method, Skill in Techniques, p100-103, LEE Bruce, OHARA Publications, 1977

[20] Jeet Kune Do, commentaire sur la voie martiale, 1 – Principes et stratégies, p86, LEE Bruce, Guy Trédaniel éditeur, 1998

[21] Bruce Lee’s Fighting Method, Skill in Techniques, p99, LEE Bruce, OHARA Publications, 1977

[22] Protegor – Guide pratique de sécurité personnelle, self-défense et survie urbaine, p179, MOREL Guillaume et BOUAMMACHE Frédéric, AMPHORA, 2017 et Riposter – Abrégé de self-défense, développez votre efficacité en cas d’agression, p67, ILLOUZ Michael, AMPHORA, 2017

[23] Riposter – Abrégé de self-défense, développez votre efficacité en cas d’agression, p67-76, ILLOUZ Michael, AMPHORA, 2017

[24] https://www.youtube.com/watch?v=KVZbEE0nx70&t=22s&ab_channel=Kenhub-LearnHumanAnatomy


 

6 commentaires

  1. Article vraiment intéressant. Ca faisait longtemps que je voulais en savoir plus sur les Dim Mak, l’article a répondu à toutes mes questions. Merci. 🙂

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