Si vous vous rendez à Hong Kong dans l’intention de visiter une école d’arts martiaux — un mou gwoon* — il est préférable de connaître quelques règles de savoir-vivre afin de profiter pleinement de l’expérience, tout en évitant les maladresses involontaires. Il n’existe pas de code officiel en la matière, et les usages peuvent varier d’une école à l’autre. Cependant, se familiariser avec les coutumes locales permet de ne pas être perçu comme un gweilo* — un étranger — mal avisé ou présomptueux.
Les mou gwoon de Hong Kong n’ouvrent pas toutes spontanément leurs portes aux visiteurs. Il n’est pas rare que des personnes se voient refuser l’entrée, même pour une simple visite. Être accompagné par quelqu’un ou recommandé par une personne connue de l’école constitue souvent la meilleure approche pour établir un premier contact.
*mou gwoon (武館) est un terme qui désigne une école d’arts martiaux. Dans cette expression, mou (武) fait référence aux « arts martiaux » et gwoon (館) — que l’on retrouve aussi sous les transcriptions kwoon ou gun— signifie « établissement » ou « école ». Littéralement : école d’arts martiaux.
*gweilo (鬼佬) est un terme cantonais qui peut se traduire littéralement par « homme fantôme », gwei (鬼) signifiant « fantôme » et lo (佬) « individu ». À l’origine, ce mot avait une connotation clairement péjorative, utilisé par les locaux pour désigner les étrangers, en particulier les Occidentaux. Aujourd’hui, avec l’évolution des mentalités, le terme est devenu plus neutre dans de nombreux contextes — certains Occidentaux à Hong Kong l’emploient même avec humour ou autodérision. Toutefois, cela reste un terme à manier avec prudence, car son acceptabilité dépend fortement du ton, du contexte et des interlocuteurs.
Ne sonnez pas à la porte à l’improviste ! Une visite ça se prépare !
Il est également pertinent de s’intéresser plus largement à la culture cantonaise, dans laquelle les mou gwoon s’inscrivent pleinement. Tout bon guide touristique consacre d’ailleurs un chapitre à cet aspect, et de nombreuses ressources sont facilement accessibles en ligne (voir ci-dessous). Disposer d’un vocabulaire de base en cantonais est toujours un atout : cela montre un intérêt sincère pour la culture locale. Apprendre à dire bonjour, merci ou au revoir dans la langue du pays que l’on visite est souvent très apprécié par les habitants.
https://www.cantoneseclass101.com/blog/2020/01/06/cantonese-etiquette/

Ci-dessous, quelques règles informelles tirer de mon expérience personnelle et d’après un récent post sur les réseaux sociaux du Martial Club de Hong Kong à ce sujet .
Généralités.
De manière générale, l’humilité et les bonnes manières sont de mise. Si vous êtes respectueux, courtois et faites preuve de bon sens, votre visite se déroulera sans encombre. Si vous vous rendez dans une école d’arts martiaux à Hong Kong, il est probable que vous soyez déjà pratiquant, peut-être même depuis de nombreuses années. Vous vous sentez peut-être expert, ou l’on vous considère comme tel dans votre propre discipline — mais cela ne justifie en rien une attitude arrogante. Gardez à l’esprit que vous n’êtes pas là pour enseigner le Kung Fu aux locaux. Une approche humble, sans vantardise, sera toujours mieux perçue.
Saluer.
Dire bonjour est un principe de base, ancré dans l’éducation dès le plus jeune âge. C’est la première étape de toute interaction, et cela reste valable dans le contexte d’une école d’arts martiaux. Il convient de saluer le Sifu* (professeur de l’école), ses assistants, les élèves présents, ainsi que le mur d’honneur, où figure généralement le portrait du ou des maîtres fondateurs du style.
Si la poignée de main est la norme en Occident, ce n’est pas toujours le cas en Asie, où une légère inclinaison de la tête — voire du buste dans un contexte plus formel — est plus courante. Hong Kong occupe une position intermédiaire : ancienne colonie britannique (de 1841 à 1997), ses habitants ont également adopté certaines pratiques occidentales, dont la poignée de main. Il convient donc de s’adapter à la situation et d’observer les usages sur place.
Par ailleurs, connaître quelques mots de base dans la langue locale est toujours bienvenu. Apprendre à dire bonjour et à vous présenter brièvement est un signe de respect qui sera généralement très apprécié. Voici quelques expressions simples à connaître pour saluer et vous présenter lors de votre visite dans un mou gwoon ou plus largement à Hong Kong :
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Jou san (早晨) — Bonjour (pour le matin uniquement).
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Nei hou (你好) — Bonjour (pour l’après-midi).
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Ngo giu [votre prénom] (我叫 [votre prénom]) — Je m’appelle [votre prénom].
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Ngo hai faat gwog yan (我係法國人) — Je suis français.
Ces petites phrases, même basiques, témoignent de votre respect et de votre intérêt pour la culture locale, ce qui est toujours apprécié.
S’adresser au Sifu.
Il est important de connaître le nom du Sifu et de s’adresser à lui en respectant les usages locaux. À Hong Kong, la formule correcte consiste à placer le nom de famille avant le titre. Par exemple, si le Sifu s’appelle M. Wong, vous devrez l’appeler Wong Sifu — autrement dit : nom de famille suivi de Sifu.
Cette habitude diffère de celle adoptée dans de nombreux pays occidentaux, où l’on dit souvent Sifu Wong (et le plus souvent d’ailleurs Sifu + prénom). Cette inversion est généralement comprise et tolérée, surtout si vous êtes occidental et que vous ne parlez pas cantonais : les locaux se montreront en général indulgents.
En revanche, évitez de vous adresser à un Sifu que vous ne connaissez pas simplement en disant Sifu, sans y ajouter son nom. Cela peut être perçu comme un manque de respect. Dans la tradition locale, on utilise le terme complet Si-Fu 師父, sans nom, uniquement lorsqu’on parle de son propre professeur. En dehors de ce cadre, il convient d’ajouter le nom de famille pour marquer la distance et le respect.
*Les termes Sifu 師傅 et Si-Fu 師父 sont tous deux utilisés en cantonais pour désigner un professeur ou maître d’arts martiaux, mais leur usage diffère selon le contexte. Sans entrer dans les détails linguistiques dans cette courte note, retenons simplement que :
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Wong Sifu (ou Sifu Wong) est la forme utilisée lorsqu’on s’adresse à un Sifu qui n’est pas le sien.
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Si-Fu 師父 (sans nom accolé) est réservé à votre propre professeur/maître.
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Bien que les deux termes se prononcent de manière identique en cantonais, une distinction est souvent faite à l’écrit, notamment en Occident, où l’on utilise Sifu (sans tiret) pour 師傅, et Si-Fu (avec un tiret) pour 師父, afin de marquer la différence. Il est aussi intéressant de noter que le mot Sifu est couramment utilisé à Hong Kong dans des contextes bien au-delà des arts martiaux — par exemple pour désigner un artisan qualifié, un chauffeur ou un professionnel expérimenté. J’y reviendrai plus en détail dans un prochain article.
Apporter un présent.
Il est poli et respectueux d’apporter un petit présent lors d’une première visite dans un mou gwoon. La nourriture est souvent un excellent choix : elle peut être facilement partagée entre le Sifu, ses assistants et les élèves, sans créer de favoritisme. Ce type d’attention, simple mais significative, est généralement bien perçu et contribue à instaurer un climat de confiance et de respect mutuel.
Ne pas se comporter en touriste.
En général, il est important de ne rien faire sans y avoir été invité ou sans avoir demandé la permission au préalable. Se promener librement dans une école, toucher le matériel, ou prendre des photos et vidéos sans autorisation est malvenu. Un mou gwoon n’est pas une attraction touristique ! De même, évitez de vous asseoir sans y avoir été invité, et veillez à parler à voix basse, en vous assurant que vos paroles restent audibles de tous, afin d’éviter tout malentendu.
Une école d’arts martiaux n’est pas une attraction touristique !
Recevoir à deux mains.
Dans la culture asiatique, recevoir un objet avec les deux mains, paumes tournées vers le haut, est un signe de respect et de politesse. Cette pratique concerne généralement les objets de valeur, comme de l’argent ou un diplôme. Bien que peu connue des Occidentaux, cette coutume est particulièrement appréciée dans un mou gwoon. Pensez à ce geste lorsque l’on vous présente, par exemple, une tasse de thé.
Je me souviens d’un dîner dans un restaurant japonais à Aix-en-Provence, où j’ai remis de l’argent au chef en espèces en le présentant avec mes deux mains, accompagné d’une légère inclinaison de la tête. Malgré la barrière de la langue, son sourire chaleureux témoignait de l’importance qu’il accordait à ce petit geste de respect.

Soyez respectueux.
Lorsque vous observez des pratiquants en action, veillez à adopter une attitude respectueuse, tant dans votre comportement que dans vos paroles. Évitez tout langage corporel pouvant être interprété comme du dédain ou du mépris : ne croisez pas les bras devant la poitrine, et ne gardez pas les mains dans les poches. Il est également malvenu de faire des commentaires non sollicités. Vous pouvez avoir une approche technique différente ou une autre interprétation de ce que vous voyez, mais il est préférable de ne donner aucun conseil si vous n’en avez pas été invité. Si vous êtes amené à le faire, faites-le toujours avec respect et humilité, sans être désobligeant.
Restez humble dans votre pratique.
Dans la continuité du conseil précédent, évitez de montrer vos talents sans y avoir été invité. Il est malvenu de pratiquer, même une seule forme, si l’on ne vous a pas explicitement demandé de le faire. Si quelqu’un vous corrige, acceptez cette remarque avec gratitude, même si elle diffère de ce à quoi vous êtes habitué. Rappelez-vous que, dans ce contexte, vous n’êtes pas là pour enseigner le Kung Fu aux Chinois, mais plutôt l’inverse. En d’autres termes, assurez-vous d’avoir votre « tasse vide » avant de pénétrer dans un mou gwoon.

Ces quelques conseils posent les bases pour vivre pleinement votre expérience dans un mou gwoon. Selon les liens que vous tissez et le degré de proximité avec votre hôte, ces règles informelles pourront s’assouplir avec le temps. Cependant, lors d’une première approche, il est préférable d’adopter une attitude respectueuse. Vous n’avez rien à perdre à le faire, bien au contraire : vous avez tout à y gagner !
